Un cocktail Old Fashioned garni d'un zeste d'orange
Un cocktail Old Fashioned garni d'un zeste d'orange

Old Fashioned, le premier cocktail de l’histoire

Historiquement, le Old Fashioned est par définition le vrai cocktail, d’où son nom aujourd’hui de « cocktail à l’ancienne » (je traduis pour les moins bilingues).

Un cocktail Old Fashioned garni d'un zeste d'orange

Old Fashioned, le premier cocktail de l’histoire

Molotov Gourmet
Le cocktail historique, le premier de l'histoire, qui s'appelait tout simplement "cocktail" avant de devenir "Old Fashioned".
5 de 3 votes
Temps de préparation 3 min
Type de plat Drinks
Portions 1 verre

Notre équipe vous recommande

Jigger
Cuillère de barman
Économe
Verre rocks

Ingrédients

Instructions
 

  • Verser l'Angostura et le sirop simple dans le verre
  • Ajouter deux gros glaçons
  • Remuer une quinzaine de secondes à la cuillère
  • Ajouter le bourbon
  • Remuer encore une quinzaine de secondes
  • Recouvrir de glaçons
  • Garnir d'un zeste d'orange

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L’histoire du cocktail

David Wondrich, qui a écrit un des meilleurs livres sur les cocktails, toujours lui, nous apprend qu’en 1788, la Pennsylvania Gazette a publié une liste très exhaustive des boissons alcoolisées que l’on trouvait en Amérique. Pas de trace du mot cocktail dans cette liste.

En 1803, un autre journal, le Farmer’s Cabinet, publie un billet satirique qui raconte la vie d’un jeune homme riche et un peu oisif. Cette fois-ci, il est fait mention du mot cocktail d’un breuvage, mais nous n’avons pas encore de recette.

Ce n’est qu’en 1806, que Harry Croswell nous donne une définition précise de ce que le mot cocktail représente. À un lecteur qui disait connaître beaucoup de boissons alcoolisées mais qui n’avait jamais entendu le mot cocktail, le bon Croswell répondit :

« Cock tail, then, is a stimulating liquor, composed of spirits of any kind, sugar, water, and bitters—it is vulgarly called bittered sling, and is supposed to be an excellent electioneering potion, inasmuch as it renders the heart stout and bold, at the same time that it fuddles the head. It is said also, to be of great use to a democratic candidate: because, a person having swallowed a glass of it, is ready to swallow anything else. »

Harry Croswell, Hudson (New York) Balance and Columbian Repositor, in Imbibe de David Wondrich

Le bitter : l’ingrédient crucial du cocktail

De tous les ingrédients, le plus énigmatique pour le néophyte, est le bitter. Et c’est lui qui fait le cocktail. En effet il existe déjà une boisson qui est un mélange de spiritueux, sucre et eau, et qui s’appelle le sling. C’est d’ailleurs pour ça que Croswell nous dit que le cocktail est communément appelé bittered sling, un sling avec du bitter.

Remontons un petit peu le temps pour comprendre d’où vient le bitter. En 1690, Richard Stoughton un apothicaire de Southwark à Londres propose à la vente son Stoughton’s Great Cordial Elixir. C’était l’époque où l’on vendait des remèdes miracles capables de tout soigner. Les temps ont relativement peu changé …

Entre autres applications, l’élixir du bon docteur était censé soigner … la gueule de bois ! Bien pratique, n’est-ce pas ? L’autre avantage de l’élixir sur sa compétition, c’est qu’il était bon ! Dès lors, certains ont commencé à en mettre dans leur eau ou dans leur thé. Et bientôt dans leur Purl, un ancêtre du vermouth. Et le Dr Stoughton lui-même a proposé de verser son bitter dans … un verre de brandy ! Le cocktail est à deux pas.

La passion américaine pour les stimulants

Tout ça se passe encore de notre côté de l’Atlantique, or on le sait maintenant, c’est aux USA que le cocktail est né. Mais cela ne faisait pas longtemps que les Etats-Unis n’étaient plus des colonies anglaises, et le bitter avait traversé l’Atlantique. Tant et si bien, qu’il y était bu en grande quantité, et très largement copié pour ne pas dire contrefait.

Wondrich ne sait pas exactement à quel moment ça s’est passé, mais les Américains se sont mis à boire les bitters par verre entier le matin, pour bien commencer la journée. C’est typique de la pensée américaine : si un peu de bitter vous remet d’aplomb quand vous avez de petits problèmes d’estomac, alors un bon shot tous les jours ne peut pas vraiment vous faire de mal !

Quoi de mieux comme excuse pour picoler un peu que de dire qu’on prend en fait un médicament ?

Qui s’est rendu compte que le tout était encore meilleur dans un sling ? D’où venait son inspiration ? Tout cela est perdu dans l’histoire. Toujours est-il que le cocktail est né, à ce moment-là, entre la fin du 18e siècle et le début du 19e, quelque part entre New York et Boston, et que ce n’était que le début d’une longue carrière !

La recette du cocktail dans le livre de Jerry Thomas

Le Old Fashioned, le cocktail à l’ancienne

Tout cela nous éclaire sur la naissance du cocktail, mais un cocktail qui vient d’être inventé ne peut pas s’appeler Old Fashioned, qui veut dire à l’ancienne. Alors comment s’est opérée cette transformation ?

Au cours du 19e siècle, les barmen sont devenus de plus en plus audacieux dans la réalisation de leurs cocktails. Ils ont commencé à ajouter de nouveaux ingrédients dans la recette originale, notamment de la Chartreuse, du Marascino ou de l’absinthe. Et ne parlons même pas de la fin du 19e siècle qui a vu l’arrivée du vermouth dans les cocktails.

Tout ce cheminement mérite son propre article (un jour sur le blog), mais même sans entrer dans les détails, il nous permet de comprendre ce qui est arrivé : certains vieux de la vieille ont commencé à râler contre toutes ces additions, et ont commencé à commander leurs cocktails the Old Fashioned way. Et c’est ainsi que dès les années 1860-1870, on trouve ce bon vieux cocktail sous l’appellation désormais plus complexe de Old Fashioned !