J’écris enfin un article mérité pour cette variante du très fameux Negroni, un grand classique italien. J’ai dégusté cette variante pour la première fois au Glass, avec de la tequila plutôt que du gin comme spiritueux de base. C’est une de mes variantes préférées, après le Boulevardier.
J’aime bien cette variante, parce qu’elle permet de comprendre facilement comment créer de nouveaux cocktails quand on en comprend la structure : le Campari est un amaro italien, on le remplace par la Suze, un amer français. Et on peut remplacer le vermouth rouge (italien), par du vermouth blanc, du Lillet ou un autre quina français.
Un classique moderne
J’ai découvert très récemment l’histoire de ce cocktail. Je pensais que c’était une variation qui était apparue un peu spontanément en remplaçant les ingrédients du Negroni par des équivalents plus clairs et français.
Mais non le White Negroni a une histoire bien connue et un inventeur clairement identifié. Il s’agit de Wayne Collins, un bartender anglais qui était à Bordeaux en 2001 pour participer au concours de cocktails Drinks International en marge de Vinexpo.
La renaissance du cocktail était toute récente et n’avait pas encore atteint la France. Ainsi en 2001, Collins et Nick Blacknell, alors directeur de Plymouth Gin, se sont retrouvés fort dépourvus quand ils ont voulu boire un cocktail dans un bar d’un petit village du Médoc. Ils n’ont rien trouvé qui pouvait leur convenir, et je veux bien les croire. Un Negroni, en 2001, dans un village français, ça ne devait pas parler à grand monde.
Collins a eu l’idée de faire eux-même leur Negroni « à la française ». Ils se sont alors rabattus sur le caviste du coin : ils y ont trouvé de la Suze, que Collins connaissait et appréciait déjà, et Blacknell a identifié le Lillet Blanc comme potentiel remplaçant du vermouth doux. Pour le gin, c’est bien évidemment Blacknell qui a fourni du Plymouth. La suite est entrée dans l’Histoire.
Quand est venu le moment de le nommer, Collins a proposé « Tout simplement, le White Negroni », le Negroni Blanc. Il s’est dit que ce nom parlerait tout de suite aux gens du métier.
Bloqué par les ingrédients
Si le cocktail comme son nom était un banger, il aura fallu plusieurs années pour qu’il accède à la notoriété. En cause, les ingrédients, le Lillet, et surtout la Suze, qu’on ne trouvait pas forcément derrière les bars en Angleterre.
C’est finalement par l’autre côté de l’Atlantique que le cocktail allait finir par percer. Grâce à Audrey Saunders, la papesse du cocktail aux USA, qui mettait le gin à l’honneur dans la plupart de ses créations. Elle a joué les contrebandières pour faire entrer de la Suze aux USA en cachant des bouteilles dans ses valises quand elle rentrait de ses nombreux voyages en Angleterre. Un peu plus tard le cocktail sera mis à la carte au fameux PDT de Jim Meehan, puis dans son bouquin, ce qui signera enfin l’entrée du White Negroni au rang des classiques modernes !

White Negroni
Ingrédients
- 3 cl gin ou tequila
- 3 cl Suze ou autre amer blanc
- 3 cl vermouth sec ou Lillet
- zeste de pamplemousse garnish
Matériel
- Économe
Instructions
- Verser tous les ingrédients dans le verre
- Ajouter deux glaçons et remuer à la cuillère
- Compléter de glaçons
- Garnir d'un zeste de pamplemousse
Notes
Quel gin choisir pour un White Negroni ?
Dans la version historique, un de nos deux comparses, Nick Blacknell, travaillait pour Plymouth Gin. C’est donc celui-là qu’il a utilisé pour préparer le premier White Negroni. Cependant, puisqu’il a été inventé en France, et que l’idée originale était de préparer une version française du Negroni, je vais vous conseiller des gins français !
- LE GIN À LA FRANÇAISE : Lauréat de nombreux prix internationaux, le Gin Citadelle est le premier gin français à voir le jour. Très distingué et aromatique, il bénéficie de toute l’expertise de la Maison Ferrand.
- UNE RECETTE UNIQUE : Ce gin est élaboré à partir de 19 aromates infusant chacun entre 1 et 4 jours, selon leur profil. Le tout est ensuite distillé en petits alambics de cuivre à feu nu, ce qui offre beaucoup de souplesse au gin.
- Nez: délicat, doux et floral, épicé (notes chaleureuses de cardamome et de gingembre)
- Bouche: douce, subtile, ronde, herbacée avec des notes de fleurs et d’épices

