Le top 20 des ingrédients à avoir chez soi pour préparer des cocktails – deuxième partie

Chose promise, chose due ! Je vous avais dit que la deuxième partie de ce top ne serait pas repoussée aux calendes grecques (#instantculture).

Si vous ne l’avez pas lue, je vous conseille la première partie avec la méthodologie et les 10 premiers ingrédients.

Et pour la deuxième partie, on entre tout de suite dans le vif du sujet sans plus de préliminaires :

11. Maraschino – 35 pts

La liqueur de cerise dalmate (une fameuse cerise tachetée de noir et de blanc) était très populaire aux prémices du cocktail, avant de tomber peu à peu en désuétude avant qu’un cocktail comme le Last Word ne vienne la remettre sur le devant de la scène. Boire au moins une fois un Last Word est une excuse suffisante pour acheter une bouteille de Maraschino (trouvable dans n’importe quelle épicerie italienne qui se respecte !).

Un Dalmatien de Disney

Combien faut-il de cerises dalmates pour faire une bouteille de Maraschino ? 101 (OK je sors)

12. Cognac – 33 pts

Avant la grande crise du phylloxera en France, c’était l’alcool de prédilection du cocktail (cf la première recette écrite, le Prescription Cocktail) et du punch. Il s’est fait remplacer par le bourbon et le rye à cause de la pénurie.

12 (ex aequo). Saint-Germain – 35 pts

Le Saint-Germain est une liqueur très récente (même si le design et le marketing essaient de nous faire croire à un produit de longue tradition), mais sa polyvalence l’a très vite rendu célèbre et indispensable dans tout bar qui se respecte. Il a même été surnommé « le ketchup du cocktail » aux Etats-Unis sans que ce soit péjoratif pour autant, c’est même plutôt un compliment aux States. Dans des cocktails au gin, c’est superbe par exemple. Ou du pisco.

14. Chartreuse – 31 pts

Et oui, cette bonne vieille liqueur plusieurs fois centenaire mérite totalement sa place dans votre liquor cabinet. Encore une fois, pour se préparer un Last Word (très beau mariage avec le Maraschino), ou dans quelques grands classiques comme le Bijou.

14 (ex aequo). Vermouth blanc – 31 pts

Doit-on encore le présenter ? Pourquoi si loin dans le classement se diront certains. On n’est pas très Dry Martini chez Cocktail Molotov, c’est la seule explication.

16. Champagne – 25 pts

Même si ce n’est pas pour faire des cocktails, je vous conseille fortement d’avoir toujours du champagne chez vous, ça fait partie des bonnes manières. Pas plus tard que la semaine dernière, Salma Hayek et Penelope Cruz sont venues sonner chez moi (une sombre histoire de braquage de banque), je leur ai proposé un verre de champagne, et après nous avons (censored). Tout ça marche moins bien avec des canettes de Kronembourg. Bon d’accord, j’ai peut-être exagéré légèrement cette histoire. Si vous voulez toute la vérité, Penelope Cruz n’était pas là, elle avait la gastro, du coup il n’y avait que Salma.

J'adore son sourire

J’adore son sourire

17. Tequila – 22 pts

Admettons que vous voulez séduire une Mexicaine, genre Salma Hayek … oui ça va, j’arrête mes histoires. Tout simplement pour faire des Margaritas, des Tommy’s Margarita (il vous faudra du sirop d’agave en plus) ou des White Negroni (il vous faudra de la Suze en plus).

18. Blanc d’oeuf – 18 pts

Le meilleur agent de texture sur le marché, 100% naturel. Sans lui, pas de Ramos Gin Fizz ou de Whiskey Sour.

19. Crème de fruits rouges – 15 pts

C’est un ingrédient au final peu utilisé dans les cocktails, mais c’est toujours bien d’avoir une crème de cassis, de mûres ou de framboises à la maison. Pour se faire un Bramble par exemple. Ou tout simplement un bon Kir, il y a des fois où on a la flemme de sortir le shaker, avouons-le.

20. Amaro – 14 pts

Keksékeça l’Amaro, ça veut rien dire « amaro ». On a regroupé sous cette dénomination générique, plusieurs propositions disparates, comme le Campari, le Cynar ou la Suze. Comme personne ne s’est mis d’accord, on a préféré vous dire Amaro, et vous laisser vous démerder. Non mais oh, Cocktail Molotov, c’est pas ta mère non plus, faut un peu se sortir les doigts de temps en temps.

20 (ex aequo). Rye – 14 pts

Ahah tu croyais qu’il était fini le top ? Tu te disais, c’est bon, je viens de lire le 20e ingrédient, je peux fermer la page tranquille, assez de culture pour aujourd’hui, en plus y a la quotidienne de Secret Story qui commence … PERDU ! Il y a un 20e ex aequo, chez CM, on est généreux, pour un top 20 acheté, un 21e ingrédient offert en bonus. En plus pas n’importe lequel, le rye ! Si vous n’avez bu que des Manhattan au bourbon, je suis désolé de vous le dire, mais vous êtes puceau du Manhattan. Il FAUT boire un Manhattan au rye dans sa vie.

 

Voilà c’est terminé pour le top 20 (+1), vous pouvez maintenant nous insulter copieusement dans les commentaires en mode « Comment ça, il n’y a pas le Kahlua ? Et comment on peut faire des White Russian ? Je retourne tout de suite regarder des vidéos de Swagg Man sur Youtube » ou encore « Comment ça, il n’y a pas la nouvelle liqueur de chez Tempus Fugit ? Décidément vous n’y connaissez rien en cocktail sur ce site, je retourne immédiatement boire de la Vedett à Williamsburg ».

 

Le top 20 des ingrédients à avoir chez soi pour préparer des cocktails – première partie

Bonjour à tous, ça commençait à faire très très très longtemps depuis le dernier article Cocktail Molotov. Mais nous sommes enfin sortis de notre torpeur estivale – qu’est-ce qu’il a fait chaud cet été !

 

la plage de la Cinta

Moi, perso, j’étais #OKLM en Sardaigne

 

Tout d’abord, c’est l’occasion d’apprécier notre nouveau design, tout en sobriété (on a pensé à nos lecteurs sur smartphone). N’hésitez pas à nous dire ce que vous en pensez en commentaires. Ensuite, j’en profite pour vous souhaiter une bonne rentrée au nom de toute l’équipe Cocktail Molotov. Notre blog fête ses 4 ans cette année. D’un côté, c’est peu, mais d’un autre c’est plus vieux que beaucoup de bars qui ont été portés aux nues par des instances nationales et internationales. Tout est relatif.

 

Bref, j’ai décidé de commencer l’année avec un sujet « facile ». On vous a promis plusieurs fois « le bar parfait » à avoir chez soi dans de nombreux articles à droite et à gauche, y compris ici (commencé par Juan Pablo, jamais terminés 😉 ). Je vous le promets cet article sera terminé (même s’il sera en plusieurs parties), et vous aurez bien la liste des 20 ingrédients à avoir absolument chez soi quand on veut faire des cocktails. Pour diminuer le côté arbitraire de ces listes, nous avons mis en place la méthode suivante pour constituer notre top 20 :

 

Méthodologie

  1. Chacun d’entre nous a fait une liste ordonnée de 20 ingrédients.
  2. Nous avons extrait les 20 ingrédients les plus présents dans une base de données de recettes de cocktails fiable (kindred).
  3. Un ingrédient cité en numéro 1 obtient 20 points, le numéro 2 obtient 19, et ainsi de suite jusqu’au numéro 20 qui obtient 1 points.
  4. Pour chaque ingrédient, on somme les points obtenus dans les 4 classements (Baptiste, Juan Pablo, Maxime, Kindred), ce qui donne son score total.
  5. On classe ensuite les ingrédients en fonction de leur score total.

Ceci permet d’éviter que le goût trop prononcé d’un d’entre nous pour un ingrédient ne fasse trop remonter cet ingrédient dans le top 20 (le pisco pour Juan Pablo, ou le Kahlua pour Baptiste par exemple). Les fréquences dans une base de données apportent une touche d’objectivité. Bien entendu, chacun a rédigé son top 20 dans son coin, afin d’éviter d’être influencé par les préférences des copains.

Quelques statistiques

Il y a eu 4 top 20, réalisés par 4 personnes différentes, donc possiblement 80 ingrédients différents proposés. Au final, seulement 31 ingrédients différents ont été proposés, ce qui montre que le consensus était plutôt facile à obtenir.

Le meilleur score qu’un ingrédient pouvait obtenir était d’être cité 4 fois en premier, soit 80 pts. Le premier ingrédient de notre classement en a eu 72 (un grand winner !). Deux ingrédients ont reçu la note minimale de 1. Il fallait obtenir au moins la note de 14 pour apparaître dans le top 20.

Mais assez de suspense, il est temps de passer aux 10 ingrédients du classement que je vais vous révéler dès aujourd’hui. Comme on est pas des FDP chez Cocktail Molotov, je vais bien vous donner les 10 premiers ingrédients du top. Pas de suspenses à deux balles comme ça. Et puis ce sont forcément les moins inattendus, donc je trouve que ça a du sens de faire le top dans cet ordre.

1. Gin – 72 pts

Le grand gagnant de notre classement, l’alcool roi de la mixologie : il est blanc, mais il a du goût (yes i’m looking at you, vodka !), il se marie aussi bien avec l’amer (Campari, vermouth, tonic …) qu’avec l’acide (citron), et on en trouve dans toutes les gammes de prix. Le number 1 logique.

2. Bourbon – 62 pts

Le cocktail est américain depuis ses origines. Et quel est l’alcool le plus américain ?

3. Vermouth doux – 54 pts

Meilleur ami du bourbon, il s’entend aussi très bien avec le gin, et tous les autres spiritueux de manière générale. Avec du bourbon et du vermouth doux, on a presque un Manhattan.

4. Citron jaune – 53 pts

Oubliez le jus d’orange (ça ne marche pas si bien que ça dans les cocktails, le jus d’ananas (fastidieux à faire soi-même, même si on a la meilleure recette du monde), si vous ne devez avoir qu’un fruit à presser dans vos cocktails, c’est du citron !

5. Rhum ambré – 47 pts

Encore un spiritueux intimement lié à l’histoire du cocktail, notamment par son utilisation dans les punchs. Un must have !

6. (ex aequo) Rhum blanc – 46 pts

Mojito, Daiquiri. J’ai besoin d’en dire plus ?

6. (ex aequo) Curaçao (ou Triple Sec) – 46 pts

Comme on n’est pas des nazis on vous autorise à n’avoir qu’un des deux, même si je vous recommande d’avoir un Cointreau, le plus polyvalent, et un bon curaçao pour se faire plezzzz, genre le Dry de chez Pierre Ferrand.

8. Angostura Bitters – 44pts

Le plus connu, le plus passe-partout et en même temps le plus extraordinaire des bitters, j’ai nommé … l’Angostura ! Et il faut arriver au 8e ingrdient pour pouvoir faire un cocktail seulement avec les ingrédients du top : Bourbon, vermouth doux, Angostura, on a un Manhattan.

9. (ex aequo) Citron vert – 43 pts

Pour ceux qui préfèrent les cocktails tropicaux, mais son usage et son utilité sont équivalents à ceux du citron jaune.

9. (ex aequo) Sirop simple – 43 pts

Enfin un peu de sucre ! Même si le curaçao peut servir d’agent sucrant dans des cocktails, rien ne peut remplacer un le sirop simple.

Voilà pour ce top 10, et promis, vous n’aurez pas à attendre 6 mois pour avoir les 10 ingrédients suivants.

 

De l’éducation du client : existe-t-il un remède ? (2)

Previousment sur CocktailMolotov : Maxime s’était rendu dans un bar où les gens pouvaient apporter leur propre bouteille pour qu’un barman compétent leur prépare des cocktails. Horreur ! Tout le monde avait apporté la bouteille la moins chère qu’ils avaient trouvé.

Je vais me risquer à comprendre les causes ce problème en me glissant dans la peau de ces philistins, pour mieux essayer de les soigner. Voici quelques éléments de réponse :

  1. On élimine très rapidement la question économique, puisqu’elle ne devrait pas concerner cette clientèle a priori. (Rappel : des jeunes traders de la City)
  2. L’ignorance, pure et simple. Je ne connais pas du tout d’autres alcools que ceux qui sont vendus au supermarché (ou en boîte de nuit) et je ne veux pas faire l’effort de les connaître. Je bois des cocktails non pas parce que j’aime ça, mais parce que j’aime l’ambiance des endroits où on en boit (la déco, la musique, la fréquentation féminine etc.), j’aime me montrer dans les endroits à la mode (ce que sont en général les bars à cocktails). Je suis incapable de faire la différence entre un bon rhum et un rhum de base, puisque ma notion du goût dépend essentiellement de la perception de la marque. Vous l’avez compris, c’est la catégorie que j’abhorre le plus, ils vont au bar à cocktails comme certains portent des montres à quartz fabriquée en Chine alors qu’ils pourraient se payer une automatique faite en Suisse. Mais Hugo Boss ou Burberry gravé sur leur montre, ça leur parle plus qu’Omega.
  3. L’ignorance en matière de cocktail. Je connais des spiritueux haut de gamme, je m’y suis mis en commençant par le whisky, parce que « c’est la classe ». Mais je juge que les cocktails sont indignes de contenir ces belles bouteilles. Je pense qu’un cocktail est un mélange dont la qualité est indépendante de la qualité des ingrédients que je mets dedans. De toute façon un cocktail « masque » le goût du spiritueux. Donc je ne vois aucun intérêt à utiliser un spiritueux premium dans un cocktail. Ceux-là sont récupérables, il faut leur faire goûter des cocktails qui font la part belle au spiritueux de base (certes, ce ne sont pas ceux qu’on trouve le plus fréquemment dans les bars), comme un Daiquiri ou un Old Fashioned.
  4. Il y a un an, j’étais encore en école d’ingénieurs / de commerce, je buvais du gin Puke’s et de la vodka Vomitoff. Je n’ai pas encore intégré que mon salaire me permet de me payer autre chose que de l’alcool premier prix, et j’ai gardé mes vieilles habitudes d’étudiants. Je ne comprends pas pourquoi je récupère de moins en moins bien de mes gueules de bois.

 

Ce qui soulève deux autres questions (encore !) : comment éduquer le client, et le faut-il ? En ce qui concerne la manière, une petite passe d’armes entre deux personnalités influentes il y a quelques semaines a pris la tournure de l’éducation du client. David Wondrich se plaignait du retour du mauvais cocktail, les cocktail aux couleurs flashy des années 70-80, aux noms plus vulgaires les uns que les autres, mais remis au goût du jour avec des spiritueux haut de gamme et autres sirops maisons par des barmen de haut vol. C’est pour lui un retour en arrière inutile, contrairement à celui qui a redécouvert l’époque pré-Prohibition. Ce à quoi Jeffrey Morgenthaler lui a répondu que le meilleur moyen de faire découvrir les « bons » cocktails à un novice, c’est de lui faire un cocktail qu’il connaît déjà, mais en mieux. Je pense que cela mérite un article à part entière, et nous aurons certainement l’occasion d’en reparler. En tout cas c’est la réflexion la plus proche d’un remède que j’ai trouvée. Mais je suis quand même pessimiste : même ceux qui ont emprunté le chemin du bon cocktail, retrouvent vite leurs démons de l’alcool pas cher dès qu’on leur en laisse le choix. Certaines maladies sont incurables.

Le client moyen ?

Le client moyen ?

 

En revanche faut-il éduquer le client ? Attention, je vais être très cynique. Etant donné le succès des bars à cocktails, j’ai envie de dire que non, ce serait du temps perdu, les bars sont déjà surpeuplés. Pour de mauvaises raisons peut-être, enfin, certainement pas pour la qualité des drinks (je penche plutôt pour la gent féminine plus présente dans ces établissements que dans les bars à bière qui passe des matches de la Ligue des Champions). Mais n’oublions pas qu’un bar est avant tout un business, et je ne vois pas pourquoi on refuserait d’y servir de la confiture aux cochons, si les cochons en payent le prix. Ce n’est pas demain la veille que le Camion qui fume servira plus de burgers que Mac Donald. Vu la queue qu’il y a devant le Camion qui fume, je pense qu’ils s’en foutent. Donc concrètement du point de vue « business », on peut dire que ça ne sert à rien d’éduquer le client.

 

Après, il existe toujours cette satisfaction intellectuelle de se dire qu’on a servi un bon cocktail à quelqu’un qui sait l’apprécier, ou qu’on a « élevé » quelqu’un en l’initiant à de nouvelles saveurs, mais ça n’est que la cerise sur le gâteau.

 

Pour moi, le vrai avantage à éduquer le client, c’est qu’il va obliger le barman à se dépasser. Le jour où un barman se fera renvoyer un cocktail, comme un chef peut se faire renvoyer un plat en cuisine, alors il en faudra plus pour se proclamer « bar à cocktails » qu’apparaître sur une liste « école des fans » ou remporter un concours empreint de la complaisance de l’entre-soi.

 

De l’éducation du client (1) : l’effroyable diagnostic

Ce weekend, j’étais à Londres. C’est une scène cocktail toujours en effervescence, mais je me suis contenté d’un seul bar à cocktail : le BYOC, pour Bring Your Own Cocktail.

 

Le concept de ce bar est simple : pour 25£/tête/2h, le bar vous fournit un barman et des mixers (jus, soft, bitters, pas de liqueurs ni de vermouth en revanche), et vous ramenez votre bouteille de spiritueux. Pendant ces deux heures, le barman vous préparera des cocktails avec votre bouteille. A la fin des deux heures, vous repartez avec ce qu’il reste dans votre bouteille.

 

Votre serviteur a débarqué avec deux bouteilles : un bourbon Knob Creek, et un Portobello Road Gin. Je trouvais ces bouteilles correctes pour un bar à cocktails. Mais à ma grande surprise, les barmen étaient ravis de les voir, et se sont fait un plaisir de nous préparer 6 cocktails (au lieu des 4 servis généralement). Mais je ne suis pas là pour vous raconter mon expérience dans ce bar (personnellement j’ai passé une excellente soirée), mais pour vous parler des autres tables.

 

Copyright wethefoodsnobs

Ambiance casino clandestin, vous êtes à une table de Black Jack et le barmen prend la place du croupier

 

A la réaction des barmen à la vue de nos bouteilles, je me suis douté qu’ils ne devaient pas voir si souvent ce genre de flacon. Et un rapide coup d’œil autour de moi a vite confirmé ce pressentiment. Captain Morgan, Bacardi, vodka marque de distributeur, J&B’s … Pourquoi quand on a déjà payé 25 £/tête pour 2h, qu’on a réservé 3 semaines à l’avance, et surtout quand visiblement on travaille chez < insert evil bank name > et qu’on discute du montant de son bonus annuel en dizaine de kilo-livres, on va quand même passer sa soirée à boire un alcool à 12 £ la bouteille ?

 

Pour une tournée d’une dizaine de cocktails, mettre 10 £ de plus dans votre bouteille augmente de 1 £ le coût de chacun de vos verres. Autant dire que vous augmentez le prix de votre cocktail de 10-20 %, pendant que niveau qualité, vous passez à la gamme supérieure. De plus l’occasion est spéciale, puisque ce bar est pour l’instant le seul à faire cette offre à Londres. Je n’ai pas hésité une seconde à dépenser quelques livres de plus. Nous étions pourtant les seuls avec mon acolyte parmi la cinquantaine de clients qui étaient présents. Qu’est ce que cela nous apprend ? Premièrement que j’accorde peut-être beaucoup trop d’importance aux cocktails et que je suis certainement passé pour un sale frimeur auprès des autres clients. Deuxièmement que face au choix de faire des économies de bout de chandelle en buvant de la merde ou de dépenser quelques livres de plus et boire des cocktails de qualité, 96 % des gens préfèrent la première option (sondage réalisé n’importe comment par l’institut Molotov. Échantillon non représentatif). Quelles conclusions en tirer ?

 

Blague à part sur la représentativité de l’échantillon, je pense justement que les gens qui étaient ce soir dans ce bar sont représentatifs de la clientèle des bars à cocktails et sont certainement les autres soirs de la semaine à l’ECC de Londres, au Nightjar, au Happiness Forgets et autres établissements reconnus pour la qualité de leurs drinks. Ils étaient dans la tranche d’âge 25-35 ans, avaient l’air de gagner plus que correctement leur vie et toujours à l’affût de nouvelles expériences éthyliques. Et pourtant, dès qu’on leur donne carte blanche en matière d’alcool, ils se dirigent directement vers le moins cher. Le constat est terrible : même les gens qui vont dans les établissements reconnus pour leurs cocktails privilégient le prix et la quantité sur la qualité. Dès lors, on peut se poser la question : que vont-ils faire dans ces bars ? Aiment-ils vraiment les cocktails ? Savent-ils ce qu’ils boivent ? Le succès des bars à cocktails est-il vraiment le succès du cocktail ? De manière très pessimiste, j’ai envie de répondre non à ces trois dernières questions. Et à la première je répondrai que 95 % des clients de bars à cocktail n’y connaissent rien en matière de cocktail, et ils y viennent pour l’ambiance, la déco, la musique, le service, la drague … Pour les cocktails, ils les apprécient parce qu’on leur a dit qu’ils étaient bons. Le client de bar à cocktails n’est pas éduqué.

 

Les cocktails à Paris sont-ils trop chers ?

Le Gorafi a encore frappé, et cette fois-ci c’est la mode des cocktails qui a fait les frais de la piquante ironie de la rédaction avec le titre suivant : « Paris – Le cocktail à 22 euros n’était en fait qu’un gin avec un peu de tonic ». C’est légèrement exagéré (comme d’habitude avec le Gorafi), puisque 22 € se rapproche plus des prix pratiqués dans les palaces que de ceux des bars à cocktails parisiens, qui tournent plutôt à 12 € le cocktail, mais ne vous êtes vous jamais demandé ce qui justifiait ce prix ? Et surtout, n’avez-vous jamais eu la remarque de la part d’un ami que vous avez voulu initier au cocktail « Mais où est-ce que tu me ramènes ? 12 € le cocktail, mais tu es fou, le < insert cheap bar name here > fait les pintes à 5 € ! ».

 

Le gérant de bar à cocktails dans son habitat naturel

Le gérant de bar à cocktails dans son habitat naturel

 

J’enlève donc ma casquette de « fan de cocktail » pour mettre celle de « journaliste d’investigation » (je l’ai piquée à Jean-Pierre Pernaut, il ne s’en servait pas). Je suis allé interroger différents gérants de bar (je leur ai parlé sur Facebook en fait), qui tiennent à garder l’anonymat. Moi aussi je garderais l’anonymat si je roulais en Ferrari Testarossa ou si j’habitais un 110 m² dans le 7e arrondissement payés grâce aux marges faramineuses faites sur les cocktails que je sers dans mon bar. Blague à part, voici la synthèse chiffrée de ces différents entretiens.

 

Le prix d’un cocktail à 12 € se décompose comme ceci :

  • 2 € de TVA (20 % du prix TTC)
  • 2 à 2,5 € d’ingrédients
  • 1 à 1,5 € de loyer
  • 1 à 1,5 € de dette
  • 3 à 3,5 € de masse salariale
  • 1,5 à 2 € de marge brute

 

Entrons dans le détail de chacune de ces catégories. Bon la TVA, c’est vite réglé, je pense que vous savez ce que c’est.
Pour les ingrédients bien sûr c’est très variable, et les 4 cl de vodka Vomitoff au fond de votre Caïpiroska ne coûtent pas autant que les 10 cl d’alcool d’un délicieux Last Word, avec un gin de qualité, de la Chartreuse, du Maraschino et du citron vert fraîchement pressé. Même un sirop maison fait avec des fruits frais, peut vite faire monter l’addition.
Pour le loyer, vous êtes au courant de la situation de l’immobilier à Paris, autant dire que c’est pas donné.
Alors la dette, là déjà c’est moins évident (sauf si vous êtes un businessman averti), mais pour monter un bar, il faut emprunter : achat du fonds de commerce, travaux, matériel. Emprunt qu’il faudra bien sûr rembourser tous les mois.
La masse salariale est la part la plus importante dans le coût du cocktail. En effet, un barman formé, qui a gagné quelques concours de par le monde, rompu à servir un grand nombre de cocktails à l’heure de pointe coûte plus cher que la petite étudiante anglaise qui fait son summer job à Paris dans un pub irlandais. Sans compter que préparer un cocktail prend beaucoup plus de temps que de servir des pintes. De plus, quasiment 50 % de ce montant est destiné à l’Etat (les barmen aussi ont droit à la Sécu et à une retraite, dans quel monde vit-on …)
Enfin la marge brute, dans laquelle il faut quand même enlever le remplacement du matériel (casse, et comme vous vous en doutez, dans un bar il y en a beaucoup, mais aussi usure etc.), diverses taxes, l’expert-comptable. Et sur ce qu’il reste, vous aurez encore la joie de payer l’impôt sur les sociétés.

 

Il n’a pas échappé aux plus rusés d’entre vous que si la TVA ou le coût des ingrédients sont proportionnels au nombres de verres servis, il n’en est pas de même pour le loyer, la dette, ou dans une certaine mesure les salaires des barmen (jusqu’au point où l’on sert tellement de cocktails qu’il faut embaucher un barman de plus). Ces coûts par verre correspondent donc à des hypothèses de fréquentation « raisonnables » du bar. Aucun de ces gérants n’a voulu me dire à combien de verres par semaine cela équivalait, il faut bien garder le secret qui permet d’avoir le prix d’une Clio sur le poignet ou quelques années de loyer au cou (re-blague, mais je paye un cocktail au premier qui reconnaît la référence). Si vous arrivez à faire mieux que ces estimations « raisonnables » c’est tout benef pour vous, puisque vous allez amortir ces coûts fixes sur plus de verres, et le moins que l’on puisse dire c’est que la fréquentation de certains bars, notamment le weekend est loin d’être raisonnable.

 

En conclusion, si vous voulez savoir si on se fout de votre gueule, prenez en compte tous ces éléments. Et si vous voulez mon avis, vous vous faites plus enfler sur la bière que sur les cocktails.