Les Cocktails de la Prohibition : Le Prohibition Cocktail

Le Prohibition Cocktail, avec un nom pareil, c’est forcément un cocktail de la Prohibition … Pour tout vous dire, j’étais assez méfiant au début, avec tout ce Prohibition-revival auquel on assiste un peu partout, j’avais peur de découvrir qu’il avait été inventé en 2009 dans un bar à hipsters de Williamsburg. Mais non, il est mentionné dans le Savoy Cocktail Book dès 1930, on sait qu’il ne date pas d’hier. Deuxième crainte, peut-être qu’il était déjà bu des années avant la Prohibition. Mais là aussi, ce n’est pas possible : pourquoi appeler son cocktail comme ça avant la Prohibition, à moins d’avoir vu l’avenir ? Il parait qu’avec un peu d’absinthe, on peut le faire …

Prohibition Cocktail

  • 3 cl de Plymouth Gin
  • 3 cl de Lillet Blanc
  • 1 barspoon dashes Apricot Liqueur
  • 1 barspoon jus d’orange

En 1930, le Lillet blanc s’appelait Kina Lilet (avec un seul L, cf la photo), et contenait, comme en témoigne le “Kina”, plus de quinine. La recette a été changée depuis, et le Lillet est beaucoup moins marqué en quinine. Vous pouvez essayer le Cocchi Americano comme produit de substitution (solution recommandée) ou alors ajouter un dash d’Angostura dans du Lillet formule moderne.

La recette originale demande de shaker le tout. Le jus d’orange dans le cocktail pousse dans ce sens-là. Mais il est en quantité quasi-homéopathique, et troublera très peu le résultat final. En revanche, la recette est clairement une variante de Dry Martini, et ce serait dommage de se passer du rituel de la cuillère, en plus le Lillet et la liqueur d’abricot vont donner une très belle couleur dorée à votre cocktail.

En bouche, on comprend tout de suite pourquoi l’orange et la liqueur doivent être ajoutées en dashes : le gin et le Lillet sont tellement évanescents, qu’on ne le sentirait pas derrière les deux “invités”. Le résultat est très raffiné, l’abricot se marie bien avec les notes florales du Lillet, et le gin, l’orange et le citrus du Lillet viennent renforcer cette impression de légèreté.

Antoine et Claire dégustent un daiquiri, un Tuxedo et un Prohibition Cocktail

En bas à droite de la photo, vous pouvez voir le Prohibition Cocktail. Claire boit un Daiquiri et Antoine un Tuxedo #2.

Les Cocktails de la Prohibition : Le South Side

De retour aux États-Unis après notre petit crochet par l’Europe avec le Sidecar, le South Side aurait été inventé au 21 Club à New York. Ce speakeasy disposait d’un ingénieux système qui permettait d’envoyer toutes les bouteilles directement à l’égout en cas de visite impromptue des autorités. Il se pourrait aussi qu’il ait été inventé au Southside Sportsmen’s Club toujours à New York, mais il n’y a rien de marrant à raconter sur ce club (que je sache en tout cas).

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Enfin, la dernière histoire, affirmée sur des sites assez sérieux ( comme le Difford’s Guide par exemple), mais plutôt présentée comme une légende pour d’autres, est que le cocktail était le préféré des gangsters du South Side de Chicago, alors que ceux du North Side buvaient plutôt des Gin – Ginger Ale. Avouez que ça en jette de se dire qu’on boit le même drink qu’Al Capone.

South Side

  • 6 cl de gin
  • 2 cl de jus de citron vert
  • 2 cl de sirop simple
  • 6 feuilles de menthe

En été, n’hésitez pas à allonger le cocktail avec de l’eau gazeuse, ça vous changera (un peu) des Mojitos.

Les Cocktails de la Prohibition : le Sidecar

On continue la série des cocktails de la Prohibition lancée hier avec le Last Word. Aujourd’hui, un cocktail inventé en Europe “grâce” à la Prohibition : le Sidecar.

En effet, pour cause de chômage technique – plus une goutte d’alcool à mixer – nombres de barmen migrent vers l’Europe pour continuer à exercer leur art. Ainsi le Sidecar nait dans les années 20, à Londres ou à Paris. Les sources divergents, mais par pur chauvinisme, et parce qu’on aime bien David Embury sur ce blog, on situera l’origine du cocktail à Paris. Ce qui est certain en revanche, c’est son influence américaine, puisqu’il est devenu très populaire au Harry’s Bar, repère parisien des Américains dans les années post-Première Guerre Mondiale (et il l’est encore un peu aujourd’hui).

Le Sidecar

  • 6 cl de Cognac
  • 3 cl de Cointreau
  • 1,5 cl de jus de citron jaune

Comme toujours pour les classiques, les ratios évoluent d’une recette à l’autre, du 1:1:1 de l’école française au 2:1:1 de l’école anglaise. Notre version est un peu plus sèche, mais je trouve les autres trop acides.

C’est aussi l’occasion de revoir une de nos premières vidéos. Je dis d’ailleurs une assez grosse bêtise, puisque dans les années 20, le centre de la nuit parisienne est plutôt à Montparnasse qu’à Saint-Germain. Mais après deux ou trois Sidecars vous me pardonnerez bien !

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Les Cocktails de la Prohibition : le Last Word

Ce mercredi sort en salle une nouvelle adaptation cinématographique de “Gatsby le Magnifique” avec Leonardo Di Caprio et Tobey Maguire. L’occasion pour nous de revenir sur une époque qui n’a pas toujours été tendre avec le cocktail, qui lui fut même presque fatale : la Prohibition. Contrairement à ce que vous avez peut-être entendu à droite et à gauche, ce n’est pas lors de la Prohibition que les cocktails ont été inventés pour masquer le goût des mauvais alcools : il suffit d’ouvrir un bouquin de Jerry Thomas ou de Harry Johnson pour voir que des recettes de cocktail, il en existait déjà un bon paquet bien avant la Prohibition. Bien au contraire, le manque de produits de qualité a gravement nui à l’imagination des barmen, et peu de cocktails créés à cette époque sont passés à la postérité, si ce n’est ceux qui ont été inventé en Europe.

Copyright Cocktailia

Il y en a quand même quelques-uns qui ont sauvé les meubles, et certains cocktails de la Prohibition méritent toute notre attention. Cette semaine sera la semaine des cocktails de la Prohibition, avec une recette soigneusement choisie par CocktailMolotov qui vous sera proposée chaque jour. On commence aujourd’hui avec le Last Word :

Last Word

  • 2,5 cl de gin
  • 2,5 cl de Chartreuse Verte
  • 2,5 cl de Maraschino
  • 2,5 cl de jus de citron vert

Créé à Détroit au début des années 20 au Detroit Athletic Club, c’est le comédien Frank Fogarty qui l’introduit plus tard à New York. C’est certainement lui qui lui a donné son nom : Fogarty était connu pour sa répartie et sa façon bien à lui d’avoir toujours le “dernier mot” (Last Word en anglais, je sais qu’il y en a qui ne suivent pas.) Ce cocktail est malheureusement tombé dans l’oubli jusqu’en 2004, quand Murray Stenson du Zigzag Cafe redécouvre la recette. Il y a eu par la suite un véritable engouement pour ce cocktail dans la région de Seattle et de Portland avant de s’étendre à toute la communauté mixologique. C’est d’ailleurs une des recettes les plus revisitées : Final Ward et Pete’s Word pour ne citer que ces deux-là (que je vous recommande d’ailleurs tout autant que la version originale).

Fraîcheur, acidité, légèreté, et ce petit goût de mystère ajouté par le Maraschino, tout y est. Un must-drink.

Soirée Rémy Martin au Silencio

Jeudi dernier, Rémy Martin déroulait un tapis rouge pré-Festival de Cannes au Silencio, pour le lancement de son édition spéciale Cognac VSOP Cannes 2013. Club privé designé par David Lynch, spiritueux haut de gamme, édition limitée, CocktailMolotov était bien évidemment de la partie ;-) .

Je n’étais jamais allé au Silencio, c’était l’occasion. C’est plutôt joli comme endroit, la décoration est élégante entre le boisé et le doré. L’éclairage est savamment travaillé, comme on pouvait s’y attendre de la part d’un cinéaste. Entre les références cinématographiques et le luxe apparent, on comprend pourquoi Rémy Martin a choisi l’endroit pour son VSOP festival de Cannes.

Je m’approche du bar au bout d’un moment, c’est quand même pour ça que je suis là. Rob, le barman du Silencio, prépare la création qu’il a réalisée pour l’occasion : un Remy Soolong. Nous échangeons brièvement sur son sirop de thé Oolong : au contraire d’Audrey Saunders qui infuse du gin au Earl Grey pour son Earl Grey MarTEAni, Rob préfère ajouter la composante thé via le sirop plutôt que le spiritueux. Je vais me renseigner sur une justification scientifique pour pencher en faveur d’une solution ou de l’autre. De premier abord, je dirais qu’on a un plus grand degré de liberté avec l’eau, puisqu’on peut maitriser à la fois la température d’infusion et la durée, alors que pour l’alcool on ne maitrise que la durée.
Je vous livre la recette :

Remy Soolong

  • Cognac Rémy Martin VSOP
  • Sirop de thé “Milky Oolong”
  • Jus de pamplemousse
  • Jus de citron
  • Bénédictine
  • Peychaud’s Bitters

Le cocktail Rémy Soolong

Le cognac, la Bénédictine et le Peychaud, on savait que ça allait bien ensemble (cf Vieux Carré Cocktail). Le jus de citron et le jus de pamplemousse apportent une fraîcheur qui était la bienvenue. Le sirop de thé nous donne une finale discrète mais très longue. C’est vraiment un très bon cocktail, une belle création, et j’adore les recettes avec du thé, mais on en oubliait presque le cognac derrière tout ça, or c’était quand même une soirée Rémy Martin ! Heureusement pour cela, il y avait le deuxième cocktail, Rémy Ambre :

Remy Ambre

  • Cognac Rémy Martin VSOP
  • Calvados Christian Drouin
  • Sirop d’agave
  • Menthe
  • Peychaud’s Bitters
  • Spray de whisky Port Charlotte (très tourbé)

Le Calvados relève d’uune petite note de légèreté et de fruité le Cognac, dans une recette qui rappelle quand même pas mal le Prescription Julep. Quant au spray de whisky tourbé, je ne suis pas très objectif, j’adore ça et j’en mettrais partout. Je pense vraiment que les recettes de type “cocktail” (Old Fashioned, Sazerac, Mint Julep) sont toujours idéales quand on veut sublimer un spiritueux et en rendre la dégustation plus facile. Même si le premier est vraiment très facile à boire et touchera un public plus large au Festival de Cannes, c’est le second qui révèle le plus les secrets du Cognac Rémy Martin.

Pour ce qui est du Silencio, j’ai bien apprécié l’endroit, même si mon club privé préféré reste toujours le Paris Boogie Speakeasy.

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