Les bars à cocktails poussent-ils comme des champignons ?

J’ai l’habitude de dire qu’en ce moment à Paris, il s’ouvre un bar à cocktails par mois. Je le répète très souvent, dès qu’on me lance sur le sujet des cocktails, et j’ai fini par me persuader que c’était vrai, sans jamais l’avoir vraiment vérifié. Honte à moi ! Il était donc temps de faire un peu de #factchecking comme on dit maintenant (je mets des hashtags si je veux même si ça n’a aucun sens d’en mettre au milieu d’un blog #hashtagdouchebag #jemetsdeshashtagspartout #putainjarriveplusàmarreter).

 

Nous avons décidé chez CocktailMolotov de faire une carte de Paris des bars à cocktails, et de les faire apparaître au fil du temps. Le résultat est un gif animé que vous pouvez voir ci-dessous. La conclusion est sans appel : après une période de plus de 80 ans sans grande action tout s’accélère à partir de 2007.

 

 

On peut séparer l’histoire du cocktail parisien en deux phases : une première exposition au cocktail à la fin de la Première Guerre Mondiale, quand les soldats américains ont emmené avec eux leurs boissons préférées. Tout ceci a été renforcé par la Prohibition aux Etats-Unis. A cette époque sont nés quelques établissements qui ont traversé les âges (Harry’s Bar, Le Forvm et quelques bars d’hôtels). Puis un grand trou noir pendant lequel le bar de palace est la seule et unique référence du cocktail en France (comme le Ritz Hemingway par exemple). Et puis la deuxième phase, où le cocktail fait son retour dans les bars, les vrais, pas les bars d’hôtel sous l’impulsion du groupe ECC qui ouvre l’Experimental en 2007. La vitesse à laquelle les bars à cocktails s’ouvrent à partir de cette date est impressionnante.

 

Notre jeu de données

 

Comme tout bon data scientist qui se respecte, je vais vous dire comment a été créé notre jeu de données. C’est assez important notamment parce que la notion de « bar à cocktails » mérite d’être éclaircie, elle est finalement très subjective, et ce jeu de données reflète la position de CocktailMolotov sur le sujet.

 

Des bars à Paris, il s’en ouvre et il s’en ferme des dizaines chaque année à Paris, et certainement le même nombre à peu de choses près d’une année sur l’autre. Donc le simple critère de bar ne suffit pas. Et j’irai même plus loin, il ne suffit pas de servir des cocktails pour être un bar à cocktails. Nous avons essayé de ne retenir que des établissements dont le cocktail est un enjeu majeur, et pas seulement un moyen supplémentaire d’attirer une clientèle naïve. Il y avait donc plusieurs façons de se retrouver dans notre liste de bars à cocktails :

 

  • Avoir été identifié par un CocktailMolotov (Juan Pablo, Baptiste ou moi-même) comme un bar à cocktails.
  • Avoir été identifié par un blog dans lequel nous avons confiance (Bariana, 52martinis etc.) comme un bar à cocktails
  • Avoir été nommé au top 50 des meilleurs bars de France au salon Cocktail Spirit

 

Comme l’idée était vraiment de mettre en évidence la tendance, nous n’avons pas forcément gardé que ceux que nous considérons comme de bons bars à cocktails, mais tous ceux qui ont tenté (avec succès ou pas) de se conformer à cette image du bar à cocktails. Tout ceci représente quand même quelques heures de travail à trois.

 

Enfin, et c’est là toute la difficulté du métier de data scientist, nous avons été confrontés à certaines informations manquantes (notamment les dates d’ouverture de certains bars). Quand cette information n’a pas pu être retrouvée, le bar a été supprimé de la liste purement et simplement. Si par hasard votre bar n’apparaissait pas sur notre carte, c’est qu’il n’a pas été retenu suivant nos critères, ou que nous n’avons pas pu trouver les dates d’ouverture (et éventuellement de fermeture). Même dans le cas où votre bar apparaîtrait sur la carte, cela nous ferait un grand plaisir de recevoir un petit mail avec la date exacte d’ouverture (nous nous sommes très souvent contentés de l’année).

 

Pour les détails un peu technique, nous avons utilisé Google Maps pour la carte, la librairie JavaScript TimeMap, et les données sont au format JSON (ou CSV), et je peux vous les fournir si vous demandez gentiment et que vous êtes intéressés par tout ça.

 

Maxime Maillot

Maxime Maillot est ingénieur. Il possède un doctorat en informatique et un diplôme d'ingénieur de Supélec. Il se découvre une passion pour le cocktail après avoir dégusté un Old Fashioned. Par la suite, il dévorera les vidéos de Robert Hess et Jamie Boudreau sur Small Screen Network, ainsi qu'Imbibe de David Wondrich.

 

5 thoughts on “Les bars à cocktails poussent-ils comme des champignons ?

  1. Il y a dans mon quartier (Batignolles) un bar qui pourrait, à mon sens (mais je n’ai pas votre expertise, loin de là), être dans votre champignonnière mais je ne le vois pas sur la carte. Peut-être que votre méthodologie n’a pas permis de le recenser (le Downtown, rue des Moines) puisque j’ai quand même l’impression que certains arrondissements ne sont pas représentés ?

    1. Oui il n’est pas sur la liste parce qu’on ne le connait pas, pas parce qu’il n’a pas été à la hauteur de nos exigences. Effectivement le 17e, c’est pas trop mon quartier ! Après il y a clairement un biais géographique au niveau des bars à cocktails avec une surreprésentation des bars nouvelle vague dans le triangle Châtelet-République-Bastille, avec aussi une appétence récente pour le quartier de SoPi (South Pigalle), ainsi que des bars « haut de gamme » dans les beaux quartiers (8e par exemple). Mais notre dernier arrivé (Baptiste, ou Bochasse pour les intimes) traine plus souvent que moi dans le 17e, je l’enverrai en mission pour enquêter sur ce bar. De toute façon, on essaiera de mettre cette carte à jour le plus souvent possible, le plus dur était d’initialiser le processus.

  2. Je vous suggère de jeter un oeil à un des pdfs de ‘Cocktails de Paris’ de RIP (1929). On trouve ça en ligne. Il y a, à la fin, une liste des bars à cocktail parisien. Je pense que 2013 est sur le point de se prendre la honte…

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